Justice

  • Mme Yasmine Motarjemi, lanceuse d'alerte, a reçu un prix pour son combat.

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    Bonjour,

    Excellente nouvelle. Trois lanceurs d'alerte ont reçu un prix le 16 avril 2019 lors d'une cérémonie à Strasbourg au Parlement européen. Il s'agit de Julian Assange, fondateur de Wikileaks (voir la pétition au bas de cet article), de Rui Pinto ayant dénoncé les Football Leaks et de Mme Yasmine Motarjemi ayant dénoncé les dysfonctionnements de la sécurité alimentaire chez Nestlé. 

    Voilà le texte en anglais lu par Mme Motarjemi lors de la remise des prix ​​GUE / NGL pour les journalistes, lanceurs d'alerte et défenseurs du droit à l'information, en l'honneur de Daphne Caruana Galizia, journaliste d'investigation assassinée à Malte le 16.10.2017 suite à ses articles sur la corruption.

    https://www.w-t-w.org/en/award-for-journalists-whistleblowers-and-defenders-of-the-right-to-information/

    Et voilà la traduction du texte très important lu par Mme Motarjemi:

    Mesdames et Messieurs,

    Aujourd'hui, après avoir vécu près de quatorze ans en détresse, dans ma soif de justice, c'est un jour d'espoir. Le soleil brille dans mon coeur. Chaque jour, depuis quatorze ans, j'ai parcouru mon courrier dans l'espoir d'une bonne nouvelle. Il y a un mois, j’ai vu de façon inattendue que j’avais été nominée pour le Prix 2019 des journalistes et des lanceurs d’alerte en l'honneur de Daphne Caruana Galizia! Quel honneur que d'être associée à elle!

    Je suis très heureuse de constater que ce prix souligne l’importance de la sécurité des aliments, de la santé publique et des droits humains. J'espère que ce prix incitera les employés du secteur alimentaire et des autres entreprises à défendre des pratiques éthiques et à prendre la parole lorsque la santé ou les intérêts du public sont en danger.

    A cette occasion, je voudrais exprimer ma plus profonde gratitude à ceux qui ont proposé ma candidature, au jury qui m'a honorée de ce prix et m'a donné l'occasion de prendre la parole devant ce forum. Je souhaite également exprimer mes plus sincères remerciements et ma reconnaissance aux personnes qui ont cru en moi et sont restées à mes côtés pendant ces années difficiles. J'espère qu'à cette occasion, je pourrai également être la voix d'autres lanceurs d'alerte en Suisse, en France, ou ailleurs dans le monde, ainsi que des victimes d'abus au travail et de ceux qui luttent pour leur justice. Mes pensées vont également à ma famille, qui a dû subir les conséquences des événements.

    Qui suis-je et qu'ai-je fait de ma vie? Je m'appelle Yasmine Motarjemi. Je suis une ancienne scientifique cadre supérieure, puis directrice par intérim de l'Organisation mondiale de la santé. À mon dernier poste, j’étais vice-présidente adjointe chez Nestlé, responsable de la sécurité sanitaire des aliments au niveau mondial. J'ai occupé ce poste jusqu'en 2010, date de mon licenciement. Il peut être intéressant pour vous de savoir que je suis née en Iran mais que je possède la triple nationalité des pays suivants: Iran, Suède et Suisse.

    Cependant, aujourd’hui, je m’exprime ici en tant que citoyenne du monde au monde. J'aimerais parler de la santé et de la sécurité, de la vie - de votre vie. Je voudrais dire que, quelle que soit l’inclination politique, la race ou la religion, la vie humaine compte. Je tiens également à dire que je défends le droit des citoyens de savoir comment la sécurité des produits est gérée et ce que certains employés subissent afin d'assurer la protection de la santé des personnes. J'aimerais que le public sache que nous, les lanceurs d'alerte, payons le prix fort pour la communication d'informations que le public a besoin de savoir.

    Ma bataille pour la sécurité alimentaire, la santé publique et les droits humains a commencé il y a 14 ans. Cependant, ceci a été précédé par 25 années de travail acharné pour améliorer la sécurité alimentaire et la santé publique dans le monde. Dans un monde concurrentiel et machiste, la route du succès ne fût pas facile. Il a fallu surmonter de nombreuses difficultés. Pourtant, mon histoire personnelle de douleur et de souffrances infligées par Nestlé est loin d’être aussi importante que mon indignation, provoquée par la manière ignoble dont la sécurité alimentaire a été gérée dans ce cas particulier.

    Le temps ne me permet pas d'entrer dans les détails de la mauvaise gestion que j'ai vécue chez Nestlé (voir le document Une bataille au nom de la sécurité alimentaire, de la santé publique et des droits humains, https://issuu.com/ymotarjemi/docs/a_battle_in_the_name_of_food_safety). Je peux seulement dire que je ne voulais vraiment pas devenir une lanceuse d'alerte, mais la direction de Nestlé s'est tellement fourvoyée que j'ai senti que je n'avais plus d'autres choix.

    La pire chose que la direction de Nestlé a faite fût de refuser de prêter attention à mes rapports internes, raison pour laquelle des incidents sont ensuite survenus. L'erreur est humaine, persister dans l'erreur est diabolique.

    Au lieu de répondre à mes préoccupations en matière de sécurité sanitaire des aliments, après plusieurs années d'excellentes performances, la direction de Nestlé m'a soumise à un grave cas de harcèlement moral persistant et soutenu, que j’ai ressenti comme de la torture. Pendant quatre ans, tout en continuant à assumer les responsabilités de mon poste de direction, mes supérieurs m'ont dépouillée de mes projets et prérogatives, ont démantelé mon équipe, m'ont humiliée, m'ont isolée, diffamée, ont bloqué mes instructions, dissimulé des informations, m'ont espionnée, menacée, forcée à faire des tâches impossibles ou humiliantes. Ils ont fait tout cela, et plus encore, sans se soucier des conséquences de telles pratiques.

    Les humiliations quotidiennes me donnaient l'impression d'être fouettée encore et encore. L'isolement et l'exclusion du monde professionnel ressemblaient à une prison, une grande prison sans murs et pourtant toujours une prison car personne ne vous parle, personne ne vous voit et personne ne vous entend. Parfois, on souhaite être mort plutôt que de subir un tel harcèlement.

    Je partage mon histoire parce qu'elle révèle un problème encore plus profond et beaucoup plus vaste. Si Nestlé ou d’autres sociétés peuvent se comporter de la sorte, enfreindre la loi et intimider les individus et les communautés, c’est parce que les autorités judiciaires et de santé publique ne s'acquittent pas de leurs responsabilités.

    Quand j’ai signalé les incidents aux autorités de santé publique, aux ONGs, aux syndicats ou à ma communauté professionnelle, à quelques exceptions près, ils n’étaient pas intéressés à enquêter sur les problèmes de gestion de la sécurité des aliments que je signalais ou à tirer des leçons de mes expériences.

    Comment expliquer cette ignorance délibérée? Ils ont tous peur de Nestlé, me dit-on. Notre société a été prise en otage par la peur ! Je peux le dire. 

    La seule option pour moi fût de signaler mon cas aux autorités judiciaires vaudoises. J'ai alors été soumise à des représailles. Nestlé m'a poursuivie en justice pour violation du secret professionnel. Nestlé a également fait équipe avec ma compagnie d’assurance juridique, que j’ai dû combattre devant un autre tribunal. Le Fonds de pensions Nestlé m'a poursuivie en justice pour mes publications et mes efforts pour survivre professionnellement. Ce ne sont là que quelques-uns des principaux obstacles rencontrés. Le chemin qui mène à la justice est souvent long, ardu et semé d’embûches. Les victimes doivent faire face à de faux examens médicaux, à des avocats malhonnêtes, à des enquêtes factices, à des faits trompeurs ou à des demi-vérités, à des "assassinats de caractère" et plus encore. Il est difficile de décrire par des mots le coût que j'ai payé pour ma santé, le bien-être de ma famille, la pression sur mes ressources financières et l'impact sur ma vie en général. Bien que l'impact sur moi ait été profond, le problème est encore plus vaste.

    Le problème principal est le système judiciaire. Après 8 ans de batailles judiciaires contre une société gigantesque et d'autres grandes entreprises, le tribunal du canton de Vaud (Lausanne) a confirmé que j'avais fait l'objet de harcèlement moral. Cependant, étonnamment, ce tribunal a refusé de condamner Nestlé et de me dédommager pour mes dépenses et mes pertes. Après huit ans de procédure ..., il a estimé que ma demande est irrecevable et que Nestlé a agi légalement. La cour a décidé d'ignorer le fait que Nestlé n'a jamais examiné mes préoccupations en matière de sécurité sanitaire des aliments. Le responsable (au sein de Nestlé) de la mauvaise gestion de la sécurité alimentaire et de mon harcèlement n'a subi aucunes sanctions. Il est resté à son poste de directeur et n'a jamais été inquiété.

    Lorsque le système judiciaire permet aux entreprises de commettre l'assassinat professionnel et social des lanceurs d’alerte et qu'il ferme les yeux sur leurs alertes contre des actes répréhensibles, je ne peux que conclure que notre système est corrompu.

    Bien que mon expérience en matière de dénonciation ait commencé en essayant de remédier aux manquements dans la gestion de la sécurité sanitaire des aliments, mon histoire se termine par la constatation du dysfonctionnement total de notre société.

    Mon expérience est similaire à celle d’autres lanceurs d’alerte en Suisse et dans d’autres pays, comme si la même formule était appliquée à maintes reprises pour démanteler la vie des lanceurs d’alerte, notre santé, notre réputation, notre statut social et notre sécurité financière. Ironie de mon histoire: elle se passe en Suisse, pays symbolisant soi-disant la démocratie et l'état de droit, et se déroule sous le nez des organisations chargées de protéger les droits humains et la santé publique.

    Bien que les événements susmentionnés se soient produits en Suisse, les effets de la mauvaise gestion de Nestlé en matière de sécurité des aliments peuvent avoir des conséquences partout dans le monde. Mon cas montre que, dans un monde globalisé, l'absence d'un système législatif et judiciaire équitable en Suisse, particulièrement en ce qui concerne les lanceurs d'alerte, constitue une menace pour les intérêts des communautés du monde entier.

    Merci pour ce prix qui définitivement apporte une note positive à ce chapitre de ma vie. Le poète persan Rumi (1207-1273) décrit bien ce jour, cet instant, de ma vie:

    “Tes jambes deviennent lourdes et fatiguées.

    Puis arrive un moment, 

    les ailes qui ont poussé

    Te soulèvent. "

    Yasmine Motarjemi, PhD

    Nyon, canton de Vaud, Suisse


    Mille félicitations à Mme Motarjemi pour ce prix vivement mérité et pour son allocution très courageuse. J'espère que cela aidera les Parlementaires en Suisse à enfin créer une loi de protection des lanceurs d'alertes. Merci de signer cette pétition qui justement réclame cela: http://chng.it/2XGvBZTGG4

    Voilà le lien de la vidéo de cette cérémonie. L'intervention de Mme Motarjemi commence à la minute 36.50:

    https://www.guengl.eu/medias/video/truth-matters-whistleblowers-award-ceremony/

    Merci de diffuser cet article à tous vos amis.

    Merci pour vos commentaires. Meilleures salutations.

    PS: Vous trouverez sur ce blog d'autres articles citant le combat de Mme Motarjemi (recherche par Google).

    PETITION A SIGNER RECLAMANT LA LIBERTE POUR JULIAN ASSANGE:

    Heureusement une pétition a été créée réclamant la libération de cet immense lanceur d'alerte. Merci de la signer. Voici le lien:

    http://chng.it/jqvFQcTKKT

  • Lausanne: Un jury de citoyens a condamné 7 magistrats vaudois.

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    Bonjour,

    M. Gérard Ulrich a organisé ce second jury de citoyens à Lausanne le 13 avril 2019. Avant cela, il a envoyé des explications et des questions écrites à 7 magistrats ayant étouffé une tentative d'assassinat aux dépens d'une personne âgée et handicapée. Ces magistrats n'ont pas répondu aux questions posées. Ce courrier précisait que sans réponse dans les délais les allégations décrites dans cette lettre seraient admises.

    Il faut savoir que les deux personnes ayant eu le courage de dénoncer cette affaire vaudoise ont été condamnées sur le plan pénal, car en Suisse et dans le canton de Vaud les lanceurs d'alerte ne sont pas protégés. Et la liberté d'expression n'est pas garantie.

    Cette inversion est très fréquente: condamner le lanceur d'alerte au lieu de condamner les véritables coupables ! Pour y arriver de graves erreurs sont réalisées par les magistrats, en premier lieu par les procureurs, puis par les juges pénaux, et ensuite il est impossible de s'en plaindre.

    De plus, quand un magistrat réalise une erreur il est impossible qu'il admette son erreur et accepte de la corriger.

    Les victimes prisent dans ce piège n'ont aucun moyen de s'en sortir et de se faire entendre. Ni par les tribunaux, ni par les députés vaudois qui prennent connaissance de ces affaires. Dans ce cas, une pétition avait été envoyée à la Commission des pétitions du Grand Conseil vaudois mais cette démarche s'est révélée totalement inutile.

    La seule solution: Expédier un dossier expliquant les faits à des citoyens et leur demander de donner leur avis en indiquant s'ils estiment que les magistrats sont coupables ou pas. Les citoyens peuvent voter par correspondance ou se rendre à la séance prévue.

    Naturellement les magistrats sont aussi convoqués à la séance du jury de citoyens  pour qu'ils puissent expliquer leurs décisions aux citoyens présents.

    Lors du jury de citoyens organisé le 13 avril 2019 les magistrats ne se sont pas présentés, ce qui était prévisible. 17 personnes ont voté par correspondance et 14 personnes ont voté lors de la séance du 13 avril 2019. Résultat: Ces 31 personnes ont décidé à l'unanimité que ces 7 magistrats vaudois, dont un juge fédéral, sont coupables.

    Si vous désirez recevoir le dossier, merci de vous adresser à M. Gérard Ulrich en lui envoyant un message email à

    catharsisgu@gmail.com

     

    Félicitations aux 31 personnes ayant participé à ce second jury de citoyens et à M. Ulrich de l'avoir organisé.

    Merci d'avance pour vos commentaires qui seront publiés au bas de cet article.

    Merci de diffuser ce message. Meilleures salutations.

     

  • Justice suisse: A propos du recours constitutionnel subsidiaire.

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    Bonjour,

    Une internaute que je remercie très vivement vient de m'envoyer ce lien expliquant très clairement ce qu'est le recours constitutionnel subsidiaire. Cet article nous apprend que le Tribunal fédéral voulait supprimer cette possibilité, ce qui ne m'étonne pas. Heureusement les parlementaires du Conseil national ont conservé cette option. Voilà l'article:


    https://www.domainepublic.ch/articles/34764?utm_source=phplist740&utm_medium=email&utm_content=HTML&utm_campaign=Votre+abonnement%3A+DP+2240

     

    Je ne connaissais pas du tout cette possibilité et suis très intriguée car en Suisse les articles de la Constitution fédérale sont très souvent totalement ignorés par les magistrats, à tous les niveaux. Et cela concerne aussi les juges fédéraux. Si les droits humains d'une personne sont bafoués suite à ses recours jusqu'au niveau fédéral, cela m'étonnerait qu'elle puisse réaliser un recours constitutionnel subsidiaire, car les mêmes juges fédéraux traiteraient son recours ...

     

    Par contre, cette option pourrait être très intéressante quand une demande de transparence est envoyée à un fonctionnaire ou à un magistrat pour savoir s'il fait partie de sociétés secrètes (franc-maçonnerie, clubs de services), ce qui expliquerait son comportement incompréhensible. En général la demande de transparence n'est pas remplie et fait l'objet d'un refus (décision non formelle sans voies de recours) ou d'aucune réponse dans le délai imparti. 

     

    En Suisse, il faudrait aussi savoir à qui s'adresser quand les juges fédéraux eux-mêmes refusent d'appliquer les lois suisses, ce qui est très fréquent. Les fonctionnaires, les procureurs et les juges de première instance sont souvent couverts par les juges cantonaux, puis les juges fédéraux rejettent les recours sans dénoncer par exemple les infractions pénales poursuivies d'office réalisées par certains citoyens dominants. Alors dans ce cas, à qui faut-il se plaindre du comportement inacceptable des juges fédéraux ? Merci d'avance aux personnes expérimentées qui me répondront en envoyant un commentaire au bas de cet article.

     

    Merci d'avance pour vos commentaires. Meilleures salutations.